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Entretien avec l’écrivain Ara Baliozian
par Liana Aghajanian
IanyanMag, 13.10.2009

« Les deux atouts majeurs d’un écrivain : une sensibilité d’écorché vif et le cuir d’un rhinocéros », écrit Ara Baliozian sur son blog, qui héberge ses réflexions quotidiennes sur des thèmes allant de la religion à l’argent, la politique, la littérature et naturellement des thématiques arméniennes. Les écrits de Baliozian, auteur et traducteur, lui valent nombre de flèches de la part du lectorat arménien, mais cela ne l’empêche pas de distiller ses critiques et observations.
Né en Grèce et éduqué à Venise, Baliozian vit actuellement à Kitchener, au Canada. Il a publié plusieurs ouvrages, dont Armenians : Their History and Culture et In the New World et en a traduit beaucoup d’autres. Il publie maintenant ses œuvres principalement sur des forums internet arméniens, mais il a accepté de répondre à quelques questions pertinentes.
- Liana Aghajanian : Ma première question sera simple, mais il sera peut-être difficile d’y répondre : pourquoi écrivez-vous ?
- Ara Baliozian : J’écris parce qu’écrire est devenu une habitude et, comme l’on sait, il est plus facile de conserver des habitudes que de s’en défaire.
- Liana Aghajanian : Quel est le meilleur conseil que vous donneriez à un jeune écrivain arménien comme moi ?
- Ara Baliozian : Etre honnête avec vous-même et vos lecteurs. Ne rien accepter sur quelque autorité que ce soit. Dans notre monde actuel, plus les gens s’élèvent, plus ils mentent.
- Liana Aghajanian : Beaucoup d’écrivains de votre génération, qu’ils soient arméniens ou non, ne se sont pas adaptés à internet avec votre facilité. Comment et quand avez-vous commencé à utiliser internet pour faire partager vos écrits ? Quel a été l’élément déclencheur ?
- Ara Baliozian : Je dois ma pratique d’internet à mon cher ami Noubar Poladian, qui est venu me voir à plusieurs reprises depuis Toronto (96 km) pour m’apprendre à utiliser un ordinateur alors que je lui disais ma résistance à abandonner ma vieille machine à écrire.
- Liana Aghajanian : Quels sont vos rituels d’écriture, si tel est le cas ? Ecrivez-vous à tel moment de la journée ou dans un lieu particulier ?
- Ara Baliozian : J’écris très tôt le matin, quand tout le monde dort et qu’il fait noir au dehors. Je n’écris qu’une simple page. Il m’arrive de prendre des notes durant la journée, dont j’écarte la plupart le matin venu.
- Liana Aghajanian : Que pensez-vous des protocoles entre l’Arménie et la Turquie et comment voyez-vous ceux qui dans la diaspora font campagne contre ces protocoles ? Si vous êtes opposé à ces protocoles, quelle est l’alternative ? Et selon vous, quel est le meilleur moyen pour la diaspora d’exprimer ses inquiétudes ?
- Ara Baliozian : Je suis totalement pour une amitié avec nos ennemis, du moment que nous pouvons obtenir davantage de concessions de leur part comme amis, plutôt que comme ennemis. J’ajoute que je ne prends pas au sérieux ces protocoles. Mais c’est un début, ce qui est mieux que rien. La mère patrie et la diaspora ont des priorités différentes. Il serait égoïste de notre part de considérer nos priorités comme supérieures ou plus urgentes que celle de la mère patrie. Laissons les choses suivre leur cours. Laissons la mère patrie gérer ses affaires. De toute manière, les Turcs savent que l’Arménie ne représente pas la diaspora. Quant à nos inquiétudes, je pense que les Turcs en sont aussi conscients. Et si leur intention est de nous diviser, à nous de ne pas tomber dans le piège.
- Liana Aghajanian : A quelles sortes de concessions pensez-vous ?
- Ara Baliozian : On pourrait commencer par demander aux Turcs de nous permettre de prendre soin de nos anciens monuments à Ani, Van et ailleurs. Quant aux concessions territoriales, il me semble que si nous nous dirigeons vers une sorte d’Union ou une liberté de circulation dans le cadre d’Etats-Unis du Moyen-Orient ou du Caucase, les frontières de l’Arménie historique et de l’Azerbaïdjan deviendront obsolètes.
- Liana Aghajanian : Vous faites l’objet de rudes critiques de la part de nombreux Arméniens qui n’approuvent pas vos écrits et vos opinions, allant même jusqu’à vous insulter à de nombreuses occasions. Comment vous en accommodez-vous et qu’est-ce qui dans vos écrits dérange les Arméniens ?
- Ara Baliozian : En règle générale, je suis insulté par des lecteurs endoctrinés, exposés à d’innombrables prêches et discours, sans avoir lu le moindre écrivain. Ce qui les dérange c’est le fait que je me refuse à recycler une propagande chauviniste. Des choses comme la bataille d’Avaraïr (dont même certains de nos historiens nient l’existence), être la première nation qui se soit convertie au christianisme (la véritable question est : avons-nous jamais été de bons chrétiens ?), la première nation à avoir été la cible d’un génocide (au nom de quoi s’en vanter ?). Nous serions intelligents ? En politique nous n’arrivons même pas à nous qualifier sur le tard.
- Liana Aghajanian : Vous avez récemment écrit sur votre blog : « J’estime que le génocide résulte de deux erreurs monumentales commises par des nationalistes fanatiques et forcenés des deux côtés. Il va sans dire que le massacre de civils innocents est un crime bien plus grave que la stupidité et l’ignorance. Il se peut que l’ignorance soit la plus innocente de toutes les transgressions, mais dans la vie c’est celle qui est la plus sévèrement punie. S’il est des lois inflexibles dans la vie, celle-ci en fait à coup sûr partie. En parlant de lois inflexibles, en voici une autre : si vous refusez de tirer quelque enseignement de vos erreurs, vous vous condamnez à les répéter. Qu’avons-nous appris de notre génocide ? Que dire, sinon que nous sommes à la merci de conditions historiques inévitables ou de forces qui nous dépassent ? Même erreur, même propagande, même Super Mensonge fabriqué et recyclé par des hommes qui sont trop paresseux ou stupides pour penser par eux-mêmes. » - Pourriez-vous être plus explicite ? Quels ont été les erreurs majeures de la culture arménienne en tant que telle ? Pouvons-nous faire des progrès, selon vous ?
- Ara Baliozian : Notre grande erreur – ou plutôt celle de nos révolutionnaires – a été de croire dans les promesses verbales des grandes puissances. A cette idée que leur soutien nous rendait invulnérable. Dans la diplomatie internationale, les promesses verbales, même les traités, n’ont aucune valeur si l’on n’a pas les moyens de les mettre en œuvre.
Notre seconde erreur est d’imputer nos malheurs actuels (l’expatriation et l’assimilation dans la diaspora – qualifiée aussi de génocide blanc) à des conditions sociales, politiques et culturelles qui nous dépassent… autrement dit, d’adopter une position passive, au lieu d’assumer un rôle actif en nous organisant, nous montrant solidaires, en mettant fin à des conflits et divisions mutuelles.
- Liana Aghajanian : Avez-vous des regrets, professionnels ou personnels ?
- Ara Baliozian : L’un de mes plus grands regrets est d’avoir attendu la trentaine avant de me consacrer à temps plein à l’écriture. J’aurais dû le faire plus tôt.
- Liana Aghajanian : Quels sont vos héros dans la vie ?
- Ara Baliozian : Platon, Gandhi, Thoreau… pour n’en citer que trois parmi tant d’autres.
- Liana Aghajanian : Si vous deviez choisir, quels seraient, selon vous, les meilleurs modèles ou dirigeants dans la communauté arménienne dont les Arméniens pourraient beaucoup apprendre ? Et s’il n’y en a pas, selon vous, pourriez-vous expliquer pourquoi ?
- Ara Baliozian : Nous pouvons apprendre un tas de choses de nos écrivains – Grégoire de Narek, Raffi, Baronian, Odian, Zohrab, Zarian, Massikian… Hélas, je ne vois personne de nos jours qui leur arrive à la hauteur !
- Liana Aghajanian : Pourquoi, selon vous, est-il si difficile pour les Arméniens d’avoir un débat franc et raisonné sans confrontation, préjugé ou a priori ?
- Ara Baliozian : Ceux qui ont subi un lavage de cerveau ont tendance à être dogmatiques, autrement dit, intolérants. Or les intolérants ne peuvent s’engager dans un dialogue, ils préfèrent donner des sermons et pérorer.
- Liana Aghajanian : Quand vous n’écrivez pas, que faites-vous de vos loisirs ?
- Ara Baliozian : Rien ne me fait davantage plaisir que jouer du Bach à l’orgue.
- Liana Aghajanian : Ayant décidé de vouloir être un écrivain, vous auriez pu facilement ne pas écrire à propos des Arméniens. Pourquoi avez-vous décidé de le faire ?
- Ara Baliozian : J’ai commencé par écrire et publier des romans, qui m’on valu plusieurs prix littéraires et bourses du gouvernement canadien – jusqu’à ce que je réalise que le but du roman est de divertir la bourgeoisie. Comprendre et expliquer la réalité : voilà ce que je veux faire maintenant… et j’y éprouve davantage de plaisir qu’à écrire des histoires d’amour ou, pour citer Sartre, sur « les affres mutuelles de l’amour ».
- Liana Aghajanian : Quels sont vos livres favoris ?
- Ara Baliozian : En arménien : Le Voyageur et sa route, de Zarian. En russe : Pères et fils, de Tourgueniev. En anglais : Reconsidérations, de Toynbee. En français : Les Mots, de Sartre. En grec : Zorba le Grec, de Kazantzakis.
- Liana Aghajanian : Quels sont vos plats arméniens favoris ?
- Ara Baliozian : Je suis végétarien.
Liana Aghajanian est rédactrice en chef d’IanyanMag, tout en étant éditeur à temps plein et écrivain à ses heures à Los Angeles. « Je prends mon tchaï sans sucre, mais mon dolma avec beaucoup de yaourt ! »
Blog d’Ara Baliozian : http://baliozian.blogspot.com/

Source : http://www.ianyanmag.com/?p=1230
Traduction : © Georges Festa pour Denis Donikian, 10.2009
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